16 Mai
  • By Samret
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La convention annuelle et ses souvenirs

Chaque année, l’APPT propose aux adhérents de se retrouver lors du week-end de Pentecôte dans une région de France. Pendant 3 jours, ce sont pas moins de 180 personnes (personnes de petite taille et leurs familles) qui se donnent rendez-vous pour une Assemblée Générale (retour sur l’activité annuelle de l’Association), une conférence médicale, des ateliers de discussion (le quotidien de l’enfant & l’adolescent de petite taille, être maman de petite taille, la paternité…) et des activités ouvertes au plus grand nombre (sport, sorties à la découverte de la région, cours d’initiation à la sophrologie ou à la danse…).

A quelques jours de l’édition 2018 de la convention, la parole est donnée à deux adhérents pour partager leur vision de cet événement annuel et incontournable de l’Association des Personnes de Petite Taille.

Didier Lagutère, adhérent d’Occitanie

Depuis la création de l’Association des Personnes de Petite Taille en 1976, l’assemblée générale annuelle est devenue un moment clé et incontournable pour ses adhérents, amis et moi.

Tous touchés ou concernés par une situation de petite taille, cette association est ce lien qui ne nous laisse pas seuls face à de nombreuses situations ou questions à résoudre. Au fil des années, l’événement s’est enrichi de conférences médicales, de rencontres de talents et surtout de l’expérience et du partage que chacun d’entre nous peut y apporter. Si le premier pas pour y participer est hésitant, certains peuvent y trouver des réponses très concrètes à leurs questions ou d’autres peuvent également s’y sentir vite « en famille ». Et si je devais résumer : l’assemblée générale et la convention sont pour moi synonyme de « rencontres et partages ».

Catherine Boucard, co-déléguée de la région Pays de Loire

Quand ma maman a entendu parler pour la première fois de l’Association des Personnes de Petite Taille, j’avais 12 ans. L’entrée en 5ème fut pour moi, le coup de massue. Tout le monde avait fait sa poussée de 20 centimètres pendant les vacances et « …moi, rien, nada, pas un centimètre… ». C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je ne serai pas comme tout le monde.

Je serai petite.

Je ne voulais plus aller à l’école, plus sortir et pour ne rien arranger, se sont greffés par-dessus des problèmes de santé. J’étais vraiment mal. Alors, mes parents ont décidé de m’emmener à la convention. Je m’en rappelle comme si c’était hier. C’était en 1988 à Dourdan. Comme je devais subir ma 2ème opération du dos à Necker juste après la convention, ce fut l’occasion d’y aller et de voir comment j’allais réagir et pourquoi pas d’être aidée.

Cette première fois a été difficile pour moi, voir autant de personnes de petite taille à la fois a été dur. C’était mon reflet. Pourtant, j’en avais croisées à Nantes mais au fond de moi, je me disais « non, moi je serai plus grande que lui ou elle ». J’ai dû rester derrière mes parents pendant tout le séjour mais en les observant beaucoup. Je pensais : « Ils sont petits, mais ils ont l’air de vivre normalement, s’amuser et s’éclater ». À la fin de la convention, j’ai réussi à discuter avec un groupe de mon âge.

Mon année s’est déroulée entre mon opération, ma rééducation et la reprise des cours. Je n’ai pas trop parlé de la convention. Je suis restée assez réservée par rapport à mon ressenti.

L’année suivante, mes parents sans trop me poser la question m’y ont emmenée à nouveau. C’était à Granville.

Je me suis retrouvée dans un dortoir de filles. Et je ne voulais pas rester car, comme dirait mon père (il me rappelle souvent cette anecdote) : « c’est nul, je veux partir !!! ».

J’étais juste une ado de 14 ans ! Mon papa très patient, m’a dit: « Ecoute Cathy, pas de souci, on peut repartir après le repas du soir, mais tu viens me voir juste après pour ne pas partir trop tard ». Je crois que j’ai dû rencontrer Cécile un peu plus tard dans l’après-midi. À chaque fois que je croisais mon père, il me disait, « bon, on part quand ? ». Et je répondais : « bah là, il y a soirée dansante » ou « pas aujourd’hui ». Et je repartais m’amuser. Mes parents ne m’ont pas trop vue pendant le séjour ! A la fin, j’étais très triste de quitter ma super copine (qui est aujourd’hui mon amie) et j’avais passé un super week-end.

D’année en année, ce groupe de jeunes dont je faisais partie, s’est agrandi et le retrouver m’était indispensable. C’était ma « Petite Bulle d’Oxygène », mon moment à moi et mon univers. Le reste de l’année je devais m’adapter à ce monde de grands. Mais là, tout était facile, parler, danser, se retrouver face à face avec des gens sans se faire mal aux cervicales. C’était royal. On savait qu’on était tous confrontés aux mêmes problèmes dans la vie de tous les jours. Pendant 3 jours, je ne me prenais pas la tête, je ne pensais à rien, je vivais tout simplement sans jugement ni regard de l’extérieur. Je n’assistais pas aux réunions, faisais la fête et me couchais tard ou dormais peu. Je me ressourçais pour l’année. Je me suis même mis dans un groupe de Mode, pour y faire des défilés et pour accepter mon corps différent. Mais à la fin de la convention, c’était toujours le même déchirement au moment de les quitter, de savoir qu’il faudrait attendre 1 an avant de les revoir.
C’était très dur de repartir dans « ce Monde de Grands ». Les réseaux sociaux n’étaient pas encore présents !

Et puis, la vie a suivi son cours, entre les études, le travail, la vie de couple, la naissance de Tom et mes soucis récurrents de santé qui m’ont clouée sur un fauteuil roulant. J’ai déserté les conventions même si je pensais parfois à ma « Petite Bulle d’Oxygène ». Elle n’était jamais bien loin. J’ai dû faire 2 apparitions en famille avant et après la naissance de Tom. Mais personnellement, je n’arrivais pas à trouver ma place entre ma famille de Grande Taille et la convention des Personnes de Petite Taille.

Et un jour, je me suis lancée et j’y suis allée seule. Et maintenant, je peux dire que je suis bien contente d’avoir retrouvé ma « Petite Bulle d’Oxygène ». Aujourd’hui, elle a évolué cette bulle. C’est toujours mon moment à moi, de rigolade, de fiesta, d’échange, de partage, mais aussi un peu d’investissement personnel dans l’association. Pour montrer à la génération future, ainsi qu’à leur famille, qu’on arrive à vivre dans ce monde de géants et que le principal, c’est d’essayer de croire en nous et de vivre comme tout le monde, malgré les obstacles !

Voilà, ce que représente la convention, pour moi. C’était, c’est et ce sera toujours ma « Petite Bulle d’Oxygène »